À Zurich, on revend massivement. À Schwytz, on revend énormément rapporté au nombre d’habitants. En Suisse romande, les habitudes sont différentes. Au Tessin, les plateformes ne sont pas les mêmes. La seconde main en Suisse n’est donc pas un phénomène uniforme : elle raconte une autre manière de consommer, canton par canton.
Il y a un moment très particulier dans la vie d’un objet : celui où il cesse d’être utile à son propriétaire sans pour autant avoir cessé d’avoir de la valeur. Une veste presque jamais portée, une lampe achetée sur un coup de cœur, un appareil de cuisine utilisé trois fois, une chaise devenue trop grande après un déménagement ou une montre qui dort depuis des années dans un tiroir. Pendant longtemps, ces objets auraient simplement attendu leur heure dans une cave. Aujourd’hui, ils ont une autre possibilité : être revendus.
Et ce geste, en apparence anodin, raconte quelque chose de beaucoup plus vaste sur notre façon de consommer. La seconde main en Suisse n’est plus un marché marginal réservé aux amateurs de brocante ou aux chasseurs de bonnes affaires. Elle s’est installée dans les habitudes, avec une particularité très suisse : elle ne se pratique pas partout de la même manière.

La Suisse de la seconde main n’existe pas vraiment
Les chiffres publiés par Ricardo permettent justement d’observer ces différences. En 2025, environ 68 à 69 % des annonces publiées sur la plateforme concernaient des articles de seconde main, tandis qu’environ 70 % des articles vendus avec succès étaient d’occasion. Derrière cette moyenne nationale, les écarts entre les cantons sont pourtant considérables.
En volume absolu, Zurich domine largement. Le canton représente environ 23 % des offres de seconde main publiées sur Ricardo en 2025. Berne arrive ensuite avec 12 %, puis l’Argovie avec 10 %. À eux trois, ces cantons concentrent ainsi près de 45 % de l’offre d’occasion observée sur la plateforme. Saint-Gall représente environ 7 % et Lucerne 6 %.
Ces chiffres reflètent évidemment en partie la taille de ces cantons et de leur population. Mais ils racontent aussi autre chose : dans les grandes régions urbaines et périurbaines, vendre un objet dont on ne veut plus semble être devenu un geste beaucoup plus ordinaire. On ne parle plus forcément de « vider son grenier ». On fait simplement circuler ce que l’on n’utilise plus.
Zurich : quand l’espace devient précieux
À Zurich, la seconde main s’inscrit dans un environnement où chaque mètre carré compte. Un déménagement, un nouvel appartement, une rénovation ou simplement l’envie de faire de la place peuvent transformer un intérieur en inventaire improvisé. Et la question devient alors moins « où vais-je ranger tout cela ? » que « pourquoi est-ce que je le garde ? ».
Revendre permet à la fois de désencombrer son intérieur et de récupérer une partie de la valeur d’un objet. C’est une forme de consommation circulaire, mais débarrassée du vocabulaire parfois très institutionnel de « l’économie circulaire ». Dans la vie quotidienne, on appelle simplement cela faire du tri.
Et Schwytz bouleverse le classement
Le chiffre devient encore plus intéressant lorsque l’on rapporte les annonces à la population. Le canton de Schwytz arrive alors en tête avec environ 1,5 article d’occasion mis en vente par habitant en 2025 sur Ricardo. Appenzell Rhodes-Extérieures et Soleure suivent avec environ 1,4 annonce par habitant. L’Argovie et Zoug atteignent environ 1,3, contre une moyenne suisse d’environ 1,1.
Autrement dit, le plus grand marché n’est pas nécessairement celui où l’habitude de revendre apparaît la plus intense lorsqu’on la rapporte au nombre d’habitants. Cette nuance change considérablement la lecture des chiffres. Elle montre surtout que la seconde main n’est pas uniquement une affaire de grandes villes. Dans certains petits cantons, la revente semble également être devenue une pratique particulièrement naturelle.

Maison, vêtements, collections : ce que nous décidons de transmettre
Les catégories les plus représentées sur Ricardo en 2025 sont elles aussi révélatrices. Maison & Ménage, Mode, Collections & Raretés figurent parmi les catégories importantes de la seconde main. On ne parle donc pas uniquement d’objets sans valeur dont on chercherait à se débarrasser.
Une lampe design, un manteau vintage, une montre, un meuble ou une pièce de collection peuvent avoir une valeur très différente pour leur propriétaire actuel et pour celui qui les recherche. Un objet peut avoir perdu son utilité dans un foyer tout en conservant, voire en retrouvant, une véritable désirabilité ailleurs.
C’est là que la seconde main a changé de statut. Elle n’est plus seulement synonyme de prix plus bas. Elle peut aussi signifier plus singulier, plus recherché, parfois plus intéressant que le neuf. Le succès du vintage et des pièces anciennes participe évidemment à cette évolution, notamment à une époque où les intérieurs standardisés commencent à laisser davantage de place aux objets qui ont une histoire.
En Suisse romande, les chiffres racontent une autre histoire
Et puis il y a la Suisse romande. Dans l’analyse de Ricardo, Genève compte environ 0,3 offre de seconde main par habitant, Vaud 0,5 et le Valais 0,6, contre environ 1,1 pour la moyenne suisse.
Faut-il en conclure que les Genevois, les Vaudois ou les Valaisans revendent moins ? Pas si vite. Ces chiffres mesurent l’activité observée sur Ricardo et non l’intégralité du marché de la seconde main dans ces cantons. Une partie des annonces peut circuler sur d’autres plateformes, dans des groupes locaux, sur les réseaux sociaux, dans les brocantes, auprès de magasins spécialisés ou simplement de particulier à particulier.
C’est précisément pour cette raison qu’il faut éviter de transformer les chiffres d’une marketplace en portrait définitif des habitudes d’un canton. La Suisse de la seconde main est probablement beaucoup plus fragmentée que ne le laisse penser un classement établi à partir d’une seule plateforme.
Le Tessin, un autre marché
Au Tessin aussi, les habitudes numériques peuvent différer. La langue, la proximité culturelle avec l’Italie et les usages locaux contribuent à créer un écosystème qui ne se superpose pas parfaitement à celui de la Suisse alémanique ou de la Suisse romande.
Cela rappelle une réalité souvent oubliée lorsque l’on parle du marché suisse : il n’existe pas véritablement un seul consommateur suisse. Il existe des habitudes zurichoises, bernoises, valaisannes, genevoises ou tessinoises, avec des besoins, des réflexes et parfois des plateformes différentes.
Revendre n’est plus seulement une question d’argent
Il serait pourtant trop facile de réduire le phénomène au pouvoir d’achat. Bien sûr, récupérer 50, 100 ou 300 francs sur un objet que l’on n’utilise plus est intéressant. Mais quelque chose d’autre est en train de se jouer.
Nous sommes devenus beaucoup plus conscients de la quantité d’objets qui nous entourent. La question écologique compte également : produire un nouvel objet nécessite des matières premières, de l’énergie, du transport et de l’emballage. Faire durer un objet existant peut donc avoir davantage de sens que de le remplacer systématiquement.
Cette évolution rejoint une idée qui nous intéresse particulièrement chez 50naturals : consommer plus intelligemment ne signifie pas nécessairement consommer davantage. Dans notre univers consacré à la consommation responsable, la seconde main s’inscrit naturellement aux côtés de l’anti-gaspillage, de la réparation et des produits durables.
Le véritable changement est peut-être là
Pendant des décennies, le neuf a bénéficié d’un avantage symbolique évident. Neuf voulait dire propre, moderne, parfois même meilleur. Cette équation est aujourd’hui beaucoup moins évidente.
Pourquoi acheter neuf lorsqu’un objet presque intact existe déjà ? Pourquoi laisser dormir une chaise dans une cave lorsqu’elle peut être utile ailleurs ? Pourquoi conserver pendant dix ans une veste que l’on ne porte plus ?
La seconde main introduit une idée assez simple, mais finalement très puissante : la valeur d’un objet ne disparaît pas lorsque son premier propriétaire n’en veut plus. Elle se déplace.
Du placard suisse à l’économie circulaire
C’est probablement ce qui rend le phénomène plus intéressant qu’une simple tendance. La seconde main crée une boucle dans laquelle un objet peut passer d’un propriétaire à un autre sans que sa valeur disparaisse avec son premier usage.
Quelqu’un achète, utilise, puis revend. Quelqu’un d’autre découvre l’objet, l’utilise à son tour et pourra peut-être, des années plus tard, le remettre sur le marché. Les chiffres de Ricardo montrent que cette circulation est déjà importante en Suisse : en 2025, environ 70 % des articles vendus avec succès sur la plateforme étaient d’occasion.
Derrière ces pourcentages, il y a surtout des objets qui ne terminent pas immédiatement leur vie. Et peut-être une nouvelle définition du bon achat.
Le bon achat n’est plus forcément celui qui coûte le moins cher. Ce n’est pas non plus nécessairement celui qui est neuf. C’est parfois simplement celui qui existe déjà et dont quelqu’un a besoin.
Et si la prochaine bonne affaire était déjà chez quelqu’un d’autre ?
C’est finalement là que la seconde main devient particulièrement intéressante. Elle nous oblige à regarder différemment ce que nous possédons. Avant d’acheter, peut-être peut-on chercher ce qui existe déjà. Avant de jeter, peut-être peut-on revendre. Avant de remplir une nouvelle fois un placard, peut-être peut-on simplement se demander si l’on a réellement besoin de cet objet.
C’est cette philosophie qui nous intéresse chez 50naturals : moins de consommation automatique, davantage de choix, de comparaison et de bon sens.
Et lorsque l’objet n’a plus sa place chez nous, il peut parfaitement avoir sa place chez quelqu’un d’autre.
C’est aussi la raison pour laquelle nous avons voulu prolonger cette réflexion avec 50use, notre univers consacré à la seconde main. Parce qu’une consommation plus intelligente ne commence pas toujours par un nouvel achat.

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[…] en Suisse on est gâté niveau seconde main , beaucoup de brocantes propose des CDs à 1.-CHF ou même 0.50 centimes (voir gratuit). Dans un cd […]